En prenant une carte et en regardant les noms des lieu-dit nous retrouvons la plupart du temps une présence ancienne de zones humides pour la plupart, aujourd'hui propriété du souvenir et de la mémoire des anciens.
Quelques exemples:
Sagne
ETYMOLOGIE : Du celtique sagna
ou/et du gaulois sagna qui signifie "terre marécageuse":
marais, tourbière, qui a laissé de nombreux lieux-dits
dans le Jura, le Massif Central et les Alpes.
Autres formes : Sagnes, Sagnet, Sagnolle, Sagnoux, Sagnier,
Sannier, Dessagnes, Dessaignes, Lassagne.
Les patronymes Seignemartin et Seignemorte signifient
"marais de Martin" et "étang mort".
Les marais et tourbières sont effectivement toujours fréquents dans le Jura et le Doubs où le mot "sagne" est encore utilisé comme nom commun pour désigner une zone marécageuse ou humide où ne poussent que des herbes de marais que l'on utilisait autrefois pour faire de la litière.
Exemples : La Sagne, hameau de Ste Croix situé à côté de la "Mouille",
La Seigne, maison isolée près des
Hôpitaux-Vieux, Les Seignes à la
frontière franco-suisse près du lac des Taillères
et un autre Les Seignes près de Gilley,
toutes les deux dans le Doubs. La Sagne, village
neuchâtelois de la Vallée des Ponts, ainsi que Sagnette(s),
Seignette(s), Saignette(s), Saignattes, Sagneule, Saigneuse...
Léchère
ETYMOLOGIE : du préroman liska qui signifie la laîche, plante des marais. Les herbes de
marais étaient importantes autrefois pour le paysan qui
les fauchait et les séchait pour en faire de la litière.
Dans le Jura français on trouve presque exclusivement les
lieux-dits Les Léchères ou La
Léchère tandis qu’en Suisse, il existe
plusieurs dérivés comme : Lèches,
Léchaire, Léchière, Léchire, Leschère.
Gouille
ETYMOLOGIE : du germanique gullja
qui signifie flaque d'eau, dépression pleine d'eau.
Le mot gouille, très répandu dans
les massifs montagneux de l’Est de la France, appartient
au "dialecte local". Les Grandes Gouilles
en Valserine. Comme pour Mouille, nous pouvons
relever la forme patoise de Gollie ou Goille.
Mouille
ETYMOLOGIE : du latin mollis qui signifie "mou", comme le verbe "mouiller".
Ce sont des prairies très mouillées ou encore un
endroit où l'eau affleure. L'utilisation de ce toponyme
est très fréquent en Rhône-Alpes et en Franche
Comté : Mouille au Sayet, Mouille-Mougnon, La Mouillette,
La Mouille de la Vraconnaz (marais du Jura), Mouille
Faison. La Mouille et Les Mouilles
encore en aval de Morez de part et d'autre de la Bienne. Et ne
pas oublier Mouille-Cul près du Russey dans le département
du Doubs.
Pallud
ETYMOLOGIE : du latin palus, paludis, marais, marécage et retrouvés dans de nombreux lieu-dit romands et rhodaniens (St Pierre La Pallud), jusqu’en Camargue (La grande Pallus, lieu-dit au sud de Beaucaire). Même origine pour Pallud, Paludet, Palut, Palluat, Palluy, Palluel, Lapalud, Lapallud, Lapalus, Delapalud..
Retenons qu’en Corse, parmi les sites
à haute valeur patrimoniale les Tre Padule de Suartone
sont classées en Réserve Naturelle.
D’autres exemples de toponymes :
Au Vernay, Verne, Verney, Vernier, Vernette : l'origine de ces lieux-dits est assez transparente,
endroits où poussent les vernes, nom local de l'aulne.
Les différents noms de l'aulne : Vergnes, Vern,
Verne, Gwern, Aliso, etc.
Et donc les patronymes dérivés de verno : Vergnes,
Bergnes, Verne, Vernhe, Lavergnes, Delavergne…
Et de nombreux autres toponymes peuvent être relevés comme :
Bourbe (la) :
Dans la partie du pays de Charlieu, en Saône et Loire, le nom pourrait provenir du gaulois barva ou
du celtique borvo, boue, bourbe, désignant un
terrain bourbeux, marécageux.
La Bourbre dans l’Isère est quant à elle une
vaste zone humide partagée entre vallée et plaine,
aujourd’hui doucement asséchée et grignotée
par les activités humaines.
En résumé, à notre époque où les cartes de localisation géographique intègrent des repères permettant la détermination précise par satellite, ces termes modelés par le temps et les hommes perdurent et nous apportent une information toujours aussi précieuse pour comprendre nos paysages et la façon dont ils ont existé.